Retour aux articles
4 min de lecture

Écriture, IA : on rejoue le même débat

On disait que l'écriture nous rendrait creux. On le répète avec l'IA. Et si on regardait ce que ces outils transforment vraiment ? Lisez et continuez à penser.

IASocrateécriture
Écriture, IA : on rejoue le même débat

Cette techno va nous rendre débiles : on aura l'air intelligents, mais on sera creux. Voilà ce que pensait Socrate... de l'écriture.

Socrate, écriture et IA : même débat

Ce que Socrate reprochait… à l’écriture

Dans le Phèdre, Platon lui fait dire : si on écrit tout, on arrêtera d'exercer notre mémoire. On deviendra dépendants de traces extérieures. On aura l'illusion du savoir, mais pas sa réalité. On serait alors des "semblants de savants", incapables de dialoguer vraiment.

L'écriture n'a pas détruit notre capacité à penser - elle l'a transformée.

Nous avons arrêté de mémoriser des épopées entières, mais nous avons gagné la capacité de construire des arguments complexes, de réviser nos idées, de bâtir sur la pensée des autres à travers les siècles. Au passage, on a inventé la relecture, les annotations, les correspondances : des prothèses qui élargissent la pensée au lieu de la rétrécir.

L’IA, le même procès

Aujourd'hui, on rejoue exactement le même débat avec l'IA. "Les gens vont perdre la capacité d'écrire, donc de penser."

Le vrai travail intellectuel n'a jamais été de remplir une page blanche ! C'est de savoir ce qu'on veut dire, de reconnaître quand c'est bien dit, de façonner le brouillon jusqu'à ce qu'il porte vraiment notre pensée.

Un premier jet d’article, un mail sensible, un plan d’argumentation : l’IA peut lancer la balle. À nous de briefer avec précision, de trier, de resserrer, de choisir les mots qui sonnent juste et les idées qui tiennent. Reconnaître quand c’est bien dit n’est pas un détail : c’est la compétence qui évite l’illusion du savoir… et qui transforme un texte correct en pensée claire.

Nuance utile : oui, on peut s’atrophier si on publie sans lire, si on confond fluidité et justesse, si on délègue son jugement. Mais ce sont des usages paresseux, pas une fatalité inscrite dans l’outil.

Où se joue le vrai travail

Écrire, c’est arbitrer, ordonner, couper. C’est décider ce qu’on veut prouver et comment. L’IA accélère le brouillon, pas la décision. Elle donne de la matière ; nous donnons la forme, l’exigence et la responsabilité.

Nous n’avons pas cessé de penser en adoptant l’écriture ; nous avons appris à penser autrement. Même scénario, autre époque.

Q: Socrate a-t-il vraiment critiqué l’écriture dans le Phèdre ?

R: Oui. Dans le Phèdre, Platon met dans la bouche de Socrate l’idée que l’écriture affaiblit la mémoire, crée une dépendance aux traces extérieures et donne l’illusion du savoir. Il parle de "semblants de savants". Le point n’est pas de bannir l’outil, mais d’alerter sur le risque de confondre stockage d’informations et pensée vivante, celle qui répond, questionne et dialogue.

Q: L’IA va-t-elle tuer notre capacité d’écrire (donc de penser) ?

R: Non, sauf si on la laisse écrire à notre place sans jugement. L’IA déplace l’effort : moins de temps sur la frappe, plus sur l’intention, l’argument, l’édition. Si on garde la main sur ce qu’on veut dire et sur le "quand c’est bien dit", l’outil élargit nos possibilités. Si on publie tel quel, on s’appauvrit. Le levier-clé reste notre exigence.

Q: Comment utiliser l’IA sans perdre sa voix ?

R: Commencez par clarifier l’idée et le lecteur visé, puis demandez un brouillon. Relisez avec une grille simple : est-ce que ça dit ce que je pense, avec mes mots, dans le bon ordre ? Coupez, réécrivez, ajoutez des exemples à vous. Ne confondez pas fluidité et vérité : vérifiez les faits et les nuances. Bref, servez-vous de l’IA, mais gardez le volant.

L'IA est un point de départ, pas un point d'arrivée.

SH

Sébastien Hubert

Expert en IA et transformation digitale

Suivre sur LinkedIn